Yukaphiles, qui sont les utilisateurs de Yuka ?

Lancée en 2016, l’application Yuka a envahi nos smartphones et les rayons de nos supermarchés. Entre les ultra-convaincus qui suivent les recommandations à la lettre et ceux qui refusent la dictature du scan, qui sont vraiment les adeptes de Yuka ?

« Attends, je vais regarder sur Yuka. » Cette petite phrase est devenue un classique des rayons du supermarché. Créée en 2016, Yuka n’est pas la seule application du genre mais est bien loin devant ses concurrents. Une étude réalisée par Ogury indique que près de 18% de la population française (adultes de plus de 18 ans) a téléchargé l’application. En comparaison, l’application OpenFoodFacts – dont Yuka utilise d’ailleurs la base pour noter les aliments – n’est utilisée que par 1% de la population française.

Yuka fait donc partie de ses applications que « tout le monde a sur son smartphone » – dans ce domaine elle est même comparable à Tinder, Deliveroo, Uber, Spotify ou même LinkedIn. Bref, Yuka joue dans la cour des grands.

Yuka est rentré dans nos smartphones et dans nos mœurs mais la folie des débuts et le scan à tout va s’essouffle. Aujourd’hui, les utilisateurs quotidiens représentent 2,4% des possesseurs de l’appli. Et 29% d’utilisateurs mensuels actifs. Le jour d’utilisation le plus fréquent ? Le samedi. Soit le jour où on a le temps de faire ses courses tranquillement en scannant les chips de l’apéro pour en avoir le cœur net : oui, les chips c’est gras.

Une seule appli mais des Yukaphiles aux profils multiples

Il n’y a qu’une seule application Yuka, mais les Yukaphiles ont des profils divers et leurs usages le sont tout autant. Des parents qui veulent éduquer leurs enfants à ceux qui scannent mais achètent quand même les mauvais produits, les usagers et les usages de Yuka sont nombreux. Pour les décrypter, le cabinet Unknowns a mené une étude ethnographique des possesseurs de l’application Yuka. Des entretiens semi-directifs et des séances de shopping au supermarché avec les utilisateurs permettent de mettre en évidence différents comportements.

Les pédagogues

Pour éduquer les enfants au « bien manger », les parents se servent de Yuka. Ludique, l’application permet de classer les aliments avec des couleurs – vert quand c’est bon, orange moyen et rouge quand c’est mauvais. Et pour faire comprendre à un enfant de 8 ans qui veut des gâteaux que ce n’est pas bon pour sa santé, c’est plus facile de lui montrer une pastille rouge que de lui expliquer qu’il y a du carbonate d’ammonium dedans.

« Pour éduquer des mômes, Yuka c’est juste l’appli parfaite. Tu peux pas rêver mieux », explique Caroline lors de son entretien pour l’étude.

Les réfractaires

Parmi les possesseurs de l’application, il y a aussi ceux qui l’ont essayée mais ne l’ont pas adoptée. Oui car Yuka, c’est bien mais Yuka fait peur. L’étude Unkowns qui a suivi des utilisateurs au supermarché pour observer leurs usages raconte le comportement de Marwan qui « adore les gâteaux à la cannelle de Lu. Par conséquent, il ne les scanne jamais. Devant les plats préparés Oncle Ben’s, son téléphone ne capte plus le réseau : c’est un soulagement pour lui car il apprécie ces plats. » Après le « on ne peut plus rien dire !», grâce à Yuka, on a donc aussi le « on ne peut plus rien manger ! ».

Parmi les réfractaires, on trouve aussi ceux qui n’ont pas envie qu’on leur fasse la morale : « je sais que je ne fais pas bien. J’ai pas besoin qu’on me le redise » confie Delphine lors de la phase d’observation de l’étude Unknowns.

Les bons élèves

Si c’est recommandé par Yuka, ça va dans mon caddie. C’est un peu la devise des Yukaphiles  « bons élèves ». Dans certains cas, Yuka permet de tordre le cou à des idées reçues. Comme celle qui veut qu’un produit de marque de distributeur soit moins bon nutritivement que l’équivalent d’une grande marque. L’étude Unknowns prend l’exemple de Nicolas qui explique comment l’application a changé sa façon de consommer : « J’avais tendance à acheter ce qui était plus cher, mais en fait, ce n’est pas forcément mieux. »

Les observateurs

Les observateurs utilisent Yuka mais ne suivent pas les consignes. Il a beau être noté comme « très mauvais », le paquet de gâteaux plein d’additifs finira quand même dans le panier des observateurs. Donc, ils scannent, ils ont l’info mais ils n’écoutent pas les recommandations de Yuka. Pourquoi ?

D’une part, il y a ceux qui décident de relativiser et de ne pas tomber dans la dictature de Yuka. « Il y a mauvais et mauvais, dans Yuka faut savoir gérer le truc. Mauvais parce que c’est saturé en sucre, tu te dis bon de temps en temps tu fais l’entorse, tu te dis que ton môme il va juste avoir un taux de glycémie monstrueux. Et puis mauvais parce qu’il y a des conservateurs qui sont carrément toxiques pour la santé », raconte Alexandra pour l’étude Unknowns.

D’autre part, l’alimentation reste une activité sociale et même si les verdicts de Yuka sont sans appel, il faut faire des compromis. Au sein d’un foyer, changer de produit peut se transformer en grosse engueulade. Pour apaiser ses dîners, le Yukaphile éclairé n’a d’autre choix que d’ignorer les sonnettes d’alarme de l’application. En prenant un paquet de gâteau, Virginie déclare à l’enquêteur « je sais que c’est pas bien mais les enfants ne mangent que ça en ce moment ». Parfois, il faut mieux privilégier la paix du foyer que les conseils de Yuka.

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Source : Yukaphiles, qui sont les utilisateurs de Yuka ?