Automobile : “La voiture électrique ne se vend pas !”

Il y a quelques jours, un haut dirigeant du groupe BMW lâchait un pavé dans la mare en déclarant qu’en Europe, personne ne voulait de voiture électrique, qu’on pourrait bien inonder l’Europe et mettre en vente un million de voitures, les Européens n’achèteraient pas ces choses, que les difficultés viennent des régulateurs, et que le consommateur européen n’est pas prêt à prendre le risque du 100% électrique car les infrastructures ne sont pas prêtes et la revente reste une inconnue. Bien entendu, tout ceci est factuellement vrai, même si c’est politiquement incorrect. Les ventes des voitures électriques restent anecdotiques : la Nissan Leaf, le leader, ne s’écoule qu’à 40.000 exemplaires par an en Europe sur un marché de 15,6 millions de voitures par an.

C’est dommage, est-on amené instinctivement à déplorer, car la voiture électrique est la solution pour “sauver la planète”, tant il est vrai que ce syllogisme apparent a été martelé et instillé dans les esprits par la “pédagogie” subventionnée ou par la “punition” voire la “honte” et l’anathème publique (le “blame and shame”). Mais au fait, est-ce bien vrai ? La voiture électrique est-elle vraiment écologique ? Il est (encore ?) permis de s’interroger, même si cela va à contre-courant de l’idéologie politique actuellement dominante.

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La voiture électrique ne règle pas la question de la pollution qu’engendre la production d’énergie qui lui est nécessaire pour rouler, elle se “contente” de la déplacer à un niveau situé plus en amont, là où cela se voit moins, voire pas du tout, c’est à dire au niveau de la production d’électricité. En France, celle-ci est largement le fait des centrales nucléaires (72% en France, contre 10% dans le monde). Or, tant que le nombre de voitures électriques est de l’ordre de quelques milliers d’unités, le phénomène reste marginal. Si demain l’ensemble du parc automobile français se doit d’être électrique, ce qui semble être le sens de la loi ”mobilités”, cela représentera 40 millions de véhicules à alimenter quotidiennement en électricité.

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Cela implique mécaniquement de construire de nombreuses centrales nucléaires supplémentaires (couvrir le pays d’éoliennes et panneaux solaires ne suffira pas, loin de là) pour faire face à ces nouveaux besoins. Or, nous avons tous en tête que l’EPR de Flamanville est un épisode catastrophique : plus de 10 ans de retard (et on n’y est pas encore), une technologie et une maîtrise non aboutie, avec un coût initial prévu à 3 milliards d’euros qui se dirige vers les 15 milliards et plus. Et ceci pour une seule centrale.

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Par ailleurs, aujourd’hui encore, on ne sait pas comment recycler les déchets nucléaires à part les vitrifier et les enterrer avec l’espoir qu’ils resteront sagement là où on les a mis, sans fuiter ni se déliter pendant des siècles et des millénaires (car leurs “émissions” ionisantes sont de cet ordre – jusqu’ à 100.000 ans pour certains éléments). En fait d’écologie et d’héritage à passer à ses enfants, il y a mieux…

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De plus, aujourd’hui, il ne coûte quasiment rien de “faire le plein” avec de l’électrique car c’est au “coût marginal”. Demain, avec 40 millions de véhicules, à supposer même que les questions d’infrastructure et d’autonomie soient résolues (ce qui n’est pas prouvé du tout, loin s’en faut), le coût de l’électricité à payer pour faire un “plein” sera au “coût complet”, et il sera bien supérieur à celui du gazole ou de l’essence actuel.

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En Allemagne, c’est à partir du pétrole et du charbon qu’on fabrique majoritairement l’électricité. Donc, là encore, mécaniquement, les émissions polluantes se déplacent et s’amplifient de la voiture à la centrale au charbon ou au fuel. En Allemagne, il y 62 millions de véhicules en circulation. Et ainsi de suite en Europe, on voit immédiatement l’impact écologique : massif et nocif, même s’il n’est plus visible au bout du tuyau d’échappement.

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Par ailleurs, la technologie des voitures électriques est basée sur des batteries dont les composants, les cellules, sont à 90% fabriqués et importés d’Asie (Chine, Corée, Japon) et sur les terres rares qui sont, quant à elles, à 98 % l’exclusivité de la Chine, où elles sont extraites et produites dans des conditions de pollutions chimiques et de radioactivité (Thorium, etc…) extrêmes.

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Et là, on confine à l’absurde. Comment, au niveau d’un Etat comme la France, peut-on délibérément choisir de mettre son indépendance et sa souveraineté entre les mains d’une puissance étrangère à une telle échelle ?

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Autant il est clair que la voiture thermique est une source de pollution, autant il est patent que la voiture électrique n’est pas la solution universelle, loin s’en faut. Et que le sujet est adressé dans la précipitation, pour ne pas dire dans la panique, sous l’impulsion d’un agenda, d’échéances et d’ambitions politiques, et sans réflexion d’ensemble proprement aboutie. Car, comme le tramway et la trottinette contribuent à faire élire au niveau d’une mairie, la voiture électrique a, elle aussi, des vertus électives à l’échelon supérieur…

Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain (Les multinationales émergentes, International Corporate Governance, Le temps des turbulences, Wanamatcha !).

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